Le Parlement européen a refusé, ce mardi 16 avril, de diminuer le nombre de permis de polluer mis en vente dans l'Union européenne pour ne pas gréver la compétitivité de l'industrie déjà frappée par la récession. Le prix du CO2 - qui a entamé sa chute en 2008 - devrait continuer à s'effondrer. Et les incertitudes qui planent sur ce dispositif pionnier dans le monde s'accentuer. Les industriels, eux, cherchent leurs marques.
C’est la consternation à la Copacel, le syndicat des industriels français du papier et du carton. Alors que le système européen d’échange de quotas de CO2 est entré depuis le 1er janvier dans sa troisième phase [lire ci-contre], les entreprises sont dans le flou. "Nos membres ne savent toujours pas quelle quantité de quotas ils vont devoir acheter pour leurs installations et à quel prix", déplore Bénédicte Oudart, la responsable de la confédération pour l’environnement. Une incertitude de plus dans un marché qui traverse une mauvaise passe. Avec une crédibilité déjà bien entamée par les arnaques et les fraudes qui l’ont frappé ces dernières années (TVA, piratage informatique des registres de quotas), c’est désormais son existence même qui est remise en question, alors que le prix du quota de CO2 s’est effondré. Coté entre 6 et 8 euros la tonne (avec un point bas à 2,81 euros le 24 janvier), il est loin de la trentaine d’euros à son apogée à la mi-2008. "Nous sommes dans une situation très grave sur le marché des quotas. Il y a un problème de gouvernance", avançait Christian de Perthuis, professeur d’économie à l’université de Paris-Dauphine et spécialiste du climat, lors d’une table ronde sur la fiscalité écologique organisée au Sénat, le 23 janvier.
Le système d’échange de quotas ne semble plus capable de faire émerger une industrie européenne plus verte. À sa création en 2005, l’objectif de Bruxelles était pourtant d’inciter les industriels à décarboner les 12 000 installations couvertes par le dispositif, afin de réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre en 2020.
Le prix ne motive plus
À la Copacel, on avance que le secteur du papier en France a réduit ses émissions de 55% depuis 1990 et que la part du charbon a chuté de près de 90% au profit de chaudières biomasse et à gaz. Là encore, il est difficile de savoir quel rôle a joué le prix du carbone dans cette transition. Seule certitude, si par le passé ce prix a pu stimuler des investissements, le cours actuel ne motive plus les foules. "Sans prix du carbone fort, il n’est pas facile de convaincre nos clients d’investir", avance Patrick Paelinck, le directeur du portefeuille des produits et du positionnement stratégique des activités power d’Alstom.
Un échec du marché ?
Certains refusent d’y croire. "S’il n’a pas forcément suscité les investissements industriels attendus en Europe, il a tout de même permis des transferts de technologies vers les pays émergents grâce au mécanisme de développement propre", souligne Patrice Rollet, le directeur général d’Inventec, une PME spécialisée dans la chimie de performance. Surtout, le système européen a fait des émules. L’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Corée du Sud ou la Californie (États-Unis) ont mis en place des marchés analogues ou sont en train de le faire. Tout en essayant de ne pas commettre les mêmes erreurs. Peut-être est-ce là, finalement, le succès du marché carbone européen : être un modèle. Même imparfait.
Source : CAMILLE CHANDÈS - Usine nouvelle
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